Ceci n’est pas une école : une foultitude d’enfants entassés dans une pièce carrée en briques au sol de terre battue, dans la poussière et le silence que seule la chicotte permet d’obtenir, sans un livre ni une image.

Ne disons pas que les taux de ceci ou de cela s’améliorent :  seule la paresse intellectuelle permet de compter pour un, au numérateur, chacun de ces pauvres gosses qui, d’évidence, ne saura rien apprendre. Il serait plus utile d’inventer un taux ou un calcul qui baisse lorsque des endroits pareils existent et prospèrent.

Ne disons pas non plus que la hausse des taux résulte des politiques des gouvernements ou de celles de l’aide. Il n’en est rien : l’entassement de ces gosses dans ces conditions pathétiques signifie seulement que toutes les politiques mises au bout les unes des autres ne suffisent pas à courir derrière les populations, qui aimeraient bien seulement que les gosses apprennent.

Il paraît que 2015 nous donne un rendez-vous avec des taux. Ce sera vite oublié et les intellectuels de l’aide trouveront de l’embauche à inventer de nouveaux rendez-vous, plus sexy et moins culpabilisants. On écrit beaucoup là-dessus. 

Ce blog tentera, billet sur billet, de promouvoir toujours l’observation des choses et des gens contre les tentations de les transformer en objets de stratégies ou en sujets d’expérience. Ceci n’est pas une école : l’observation se suffit à elle seule ; elle suffit pour deviner ce qui reste à faire.

L’an 2014 de ce modeste blog est en totalité dédié, si cela peut avoir un sens, à la talentueuse photographe Camille Lepage, dont le combat pour montrer les choses et les gens a pris fin par une tragédie en République centrafricaine le 12 mai, dans une guerre imbécile nourrie d’ignorance et de superstitions.